Entre Les Lignes

La revue littéraire du festival Terres de Paroles

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Trois Sacres | Sylvain Groud

Avec cette création autour du Sacre, le danseur et chorégraphe interroge le désir...

Le désir au masculin et au féminin

Sylvain Groud, danseur et chorégraphe installé en Normandie avec sa compagnie MAD crée pour le festival Terres de Paroles Trois Sacres, un triptyque interprété à l’espace Philippe-Auguste à Vernon et à la chapelle Saint-Louis à Rouen.

Non pas un mais trois… Sylvain Groud interroge le désir féminin à travers différents états d’excitation dans Trois Sacres. Le chorégraphe et fondateur de la compagnie MAD revient au Sacre du printemps, une œuvre qu’il connaît bien puisqu’il a dansé sur la musique d’Igor Stravinsky lors de son passage dans la compagnie d’Angelin Preljocaj. « Cette pièce (chorégraphiée originellement par Vaslav Nijinski, ndlr) est un monument. Elle a ouvert la voie à un modernisme et permis à certains de s’affranchir de plusieurs codes. Mais c’est une liberté dont on peut payer le prix cher ».

Dans ces Trois Sacres, « l’élue devient l’élu », remarque Sylvain Groud qui convoque Eros. Le corps du danseur évolue selon les pulsions des femmes. Sylvain Groud interroge ainsi « la puissance féminine » et se demande « comment la femme appréhende le rapport à l’homme ». Pour trouver quelques réponses, Sylvain Groud s’est documenté. « Je me suis penché sur les romans décrivant ces pulsions, ces attirances. Avant de trouver les émotions que je cherchais, je me suis pris les pieds dans le tapis. Je ne voulais pas être dans le scabreux, ni dans la pornographie ».

Trois Sacres, c’est donc un portrait poétique de femmes amoureuses interprété par un seul  homme et lu par Bérénice Béjo, « une comédienne adorable, une joueuse ». A ces trois danses physiques, Sylvain Groud ajoute des textes contemporains qui se mêlent à la musique puissante du Sacre du printemps.

Trois textes, donc trois danses pour cette création en forme de triptyque. Le chorégraphe s’est tout d’abord inspiré des écrits d’Anne Bert qui évoque une attraction incontrôlée. « Cette écrivaine donne la parole à une femme en colère. Elle déteste l’homme qui lui donne du plaisir. Elle le trouve antipathique, cynique. Pour elle, c’est juste physique. Cet homme fait en effet tout pour que cela explose en elle », raconte le danseur. A travers les romans de Françoise Simpere, Sylvain Groud aborde la thématique des traces que peuvent laisser un amour sur un corps. Pour la troisième partie, le chorégraphe s’est plongé dans la poésie d’Olivier et Christine Walter. Avec eux, « l’amour doit être pur, essentiel. C’est le sacrifice. Cette femme est abyssale, l’essence même de l’individu. Là, quelque chose relève de la catharsis. Pour aimer, il y a un passage à l’acte. Il faut être dans l’orgasme. Cette puissance de vie est indispensable à l’être humain ».

Avec Trois Sacres, Sylvain Groud revient au solo. « C’est un vrai défi mais j’adore jouer trois personnes différentes. Cela me permet de m’interroger sur ce travail. Cette pièce n’est pas l’ombre d’une quelconque reprise. J’ai vraiment autre chose à dire. J’exprime mon rapport à la femme, au couple, au plateau, à l’état de corps aujourd’hui ».

Maryse Bunel

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